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Alice, de l’autre côté …
Production Kokliko'Theatre (Août 2009), Spectacle tout public à partir de 7 ans
Dans cette histoire il n'y a pas de lapin, ni de jeux de cartes, ni de chat, ni d'horloge...Alice, le jour anniversaire de ses dix ans, réfugiée dans le grenier de la maison familiale y découvre un jeu d’échec.Seule devant les pièces du jeu, elle construit son imaginaire et propose à son miroir de devenir son partenaire.Le reflet l’invite de l’autre côté : dans ce nouveau rêve, où l’on marche volontiers sur la tête, elle va y rencontrer des personnages toujours plus surprenants…Une Alice, qui nous fait rire et rêver, mais qui nous invite aussi à aller dénicher le sens quelque part ailleurs, dans les profondeurs, loin des séductions de surface, dans une zone où les mots s’effacent pour nous dévoiler une réalité plus dérangeante.
Spectacle librement inspiré du second conte de Lewis Carroll Alice, de l'autre côté du miroir.
Paris, le 20 mai 2009
Un grand bravo à toute la troupe du Kokliko’Théâtre, qui a su donner vie au petit
monde étrange et féerique de Lewis Carroll. Tout y est. Des rois, des reines, des
licornes et des lions, des jumeaux farceurs. Et bien sûr Alice, qui
nous entraîne avec elle dans un bien curieux voyage de l’autre côté du miroir…
C’est avec plaisir qu’on retrouve, le temps d’un spectacle, ce merveilleux texte de
la littérature anglaise, dans une mise en scène inspirée, signée Bart Walter.
L’histoire est menée tambour battant par des comédiens marionnettistes pleins
d’énergie et de talent, sur un espace à géométrie variable, où les trappes s’ouvrent
et se ferment à un rythme endiablé, dans un chassé-croisé de masques et de
personnages. De quoi ravir les petits et les grands.
Les lourds manteaux des reines glissent comme par enchantement. Alice se dédouble et
s’adresse à une Alice virtuelle, dans un miroir vidéo (saluons au passage la
prouesse technique et la performance d’Anne-Laure Guillot). La reine blanche, qui
n’est pas sans rappeler la tradition des marionnettes japonaises, nous offre quant à
elle une très belle séquence d’émotion. Et les jumeaux sont parfaits ! On ne peut
qu’applaudir au travail de Magali Revest et Pierre-Paul Constant, qui donnent vie
tour à tour à cette galerie de personnages insolites, en trouvant pour chacun le ton
juste.
A dire vrai, tout concourt à la réussite du spectacle, de la scénographie à
l’éclairage, en passant par les costumes et les marionnettes, plus beaux les uns que
les autres. C’est un monde où l’on marche volontiers sur la tête, mais c’est aussi
un monde aux couleurs chatoyantes, aux étoffes somptueuses.
C’est comme si l’univers de Lewis Carroll s’invitait dans la salle de jeux de Mary
Poppins. La mise en scène, parfaitement chorégraphiée, nous conduit de surprise en
surprise. Le ton n’est jamais grave, bien que cette réflexion sur la condition
humaine nous invite à aller au-delà des apparences et à percevoir quelques
grincements. De quoi parle-t-on au fond ? Du passage de l’enfance à l’âge adulte ?
Du refoulement nécessaire de cette folie qui sommeille en chacun ? Ou peut-être
parle-t-on aussi de notre société qui, vue à travers un miroir, se révèle dans toute
sa folie et son ridicule, sans jamais cesser d’être humaine ? C’est là tout le
talent de cette Alice, qui sait nous faire rire et rêver, mais qui nous invite aussi
à aller dénicher le sens quelque part ailleurs, dans les profondeurs, loin des
séductions de surface, dans une zone où les mots s’effacent pour nous dévoiler une
réalité plus dérangeante.
Un très beau moment, donc. A faire partager de toute urgence !
Frédéric Castellano
Ancien membre de la commission de lecture de la SACD-Paris
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